J-365 : La présidentielle est lancée…


Par Alain Garnier – CEO Jamespot

Nous sommes à un an jour pour jour de la prochaine présidentielle, élection la plus importante de la vie démocratique de notre pays s’il en est. La cinquième république, puis les présidents qui l’ont incarné n’ont eu de cesse de pousser à ce que cette élection soit d’attention maximale.

Et si cette élection se gagnait dès aujourd’hui sur et avec le net ? Dans les réseaux ?

Car se sont pas moins d’une bonne vingtaine de candidats qui se sont déclarés ou qui s’apprêtent à le faire ou qui n’ont pas dis non… à ce jour – par ordre alphabétique – : Nathalie Arthaud, Martine Aubry, Clémentine Autain, François Bayrou, Olivier Besancenot, Christine Boutin, José Bové, Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Yves Cochet, Daniel Cohn-Bendit, Bertrand Delanoë, Cécile Duflot, Nicolas Dupont-Aignan, Laurent Fabius, Jean-Marc Governatori, Benoît Hamon, François Hollande, Nicolas Hulot, Arnaud Montebourg, Alain Mourguy, Vincent Peillon, Marine Le Pen, Noël Mamère, Jean-Luc Mélenchon, Frédéric Nihous, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Gérard Schivardi, Dominique Strauss-Kahn, Christiane Taubira, Manuel Valls, Dominique de Villepin, Philippe de Villiers, Dominique Voynet       … ouf !

La majorité d’entre eux est déjà présente sur le Net. Ils ont au moins tous quasiment un site Web, voir un twitter, une page fan facebook ou un blog. Mais peu d’entre eux ont établi une réelle stratégie web. Ont-ils raison de continuer à préférer Mr Michu sur les marchés le dimanche ?

On dit souvent que ce qui se passe en Amérique souffre du décalage horaire, en s’imposant plus (ou trop) tard dans la veille Europe… pour le meilleur et pour le pire…

Sur l’expérience démocratique, on a tous en mémoire le formidable dispositif qu’avait mis en place Obama pour gagner d’abord, les primaires puis l’élection présidentielle. Le monde diplomatique affirmait dès 2008 : « La question n’est plus de savoir si les médias font l’élection mais quelles sont les technologies qui favorisent la victoire d’un candidat à l’investiture démocrate aux Etats-Unis. ». Car la bataille ne se livre plus simplement face aux électeurs lors de l’élection, mais bien pendant toute l’année 2011.

Primaire à gauche (PS) mais aussi chez les verts, et au fond, à droite puis au centre ! Et gagner les primaires, revient à mobiliser une cible active et politisée, le plus tôt possible. Or, ce type de profils représente les 10% d’utilisateurs actifs dans un réseau social dès lors que le thème les intéresse voir les passionne.

Petit retour en arrière… toujours début 2008. Le PDG de Fleishman-Hillard, Dave Senay, conseiller spécial d’Obama expliquait au Figaro les raisons du succès d’Obama à travers le prisme des réseaux sociaux. Pour s’en convaincre, reprenons les chiffres annoncés : « Barack Obama est le candidat des réseaux sociaux. Il a près de 400 000 «amis» sur MySpace contre 200 000 pour Hillary Clinton et 56 000 contacts pour John McCain. C’est encore plus frappant sur Facebook où il a près d’un million de supporters. Derrière, Hillary Clinton fédère 158 000 contacts, suivie de 145 000 «amis» pour McCain. » Clairement, Obama avait une longueur d’avance sur les autres.

Mais mieux, Dave Senay enchaîne : « Surtout, Barack Obama a créé son propre réseau social, MyBarackObama.com, sur lequel un million de personnes sont inscrites, plutôt qu’un site Internet classique qui s’appellerait barackobama.com. »

Voilà la « magique sauce » de Barack Obama : de privatiser un réseau social, pour avoir un lien plus direct avec ses supporters et surtout faire une application dédiée, dans laquelle il a pu monter des campagnes de dons, de porte à porte, de diffusions de tracts, d’organisation de meetings etc… Avec MyBarackObama.com, l’équipe de campagne était « chez elle », contrairement à Facebook, Twitter, et MySpace à l’époque, dispositifs à fort trafic mais peu de contrôle.

Il s’agit bien d’un réseau social du candidat, pas celui de son parti… En France, le PS a lancé La Coopole par exemple qui monte en puissance et l’UMP le sien avec Les Créateurs du Possible … mais qui connaît une fortune moins brillante (voir l’article dans Le Monde), question de culture bien évidemment.

A l’image de la taille des Etats-Unis, les chiffres du réseau social privatif pour Obama parlent d’eux mêmes  (source ReadWriteWeb):

  • 2 millions de profils créés
  • 200.000 événements organisés
  • 400.000 billets écrits sur la plateforme de blog
  • 35.000 volontaires réunis à travers le site, avec 10.000 le jour où Obama a annoncé sa candidature

Barack Obama avait les fonds d’un candidat Américain en 2008 et il a « tout inventé ». Aujourd’hui, les choses sont différentes, monter un réseau social privatif est à la portée d’un parti ou d’un candidat à la candidature français. C’est avant tout un état d’esprit et une attitude qui consiste à considérer qu’un candidat à tout à gagner, à mettre en mouvement ses supporters comme moteurs concrets de la conquête du pouvoir, plutôt que d’imaginer les vieilles recettes médiatiques comme unique levier : passer sur TF1. Bien sûr, les médias traditionnels restent des formidables boosters de communication. Mais, comme aujourd’hui les journalistes se fient aussi à ce qui se passe sur le Net avant d’en faire état dans les médias grands publics, pour un candidat à la candidature, le meilleur candidat pourrait être celui qui prendra le Net à bras le corps et plus précisément les réseaux sociaux (grands publics et privatifs) comme levier  pour toucher rapidement le plus grand nombre.

Prenons l’exemple du dernier à s’être avancé sur la scène : Nicolas Hulot. Quand on tape son nom dans Google on peut : Aller sur Wikipédia, regarder une vidéo de lui sur Youtube, voir sa fondation, lire des articles dans Libération, Politis, Le Monde, Terra Economica, Les Inrocks, voir sa biographie dans Evene et les Blogs qui parlent de lui sur Wikio…. Mais où puis je –simple citoyen- adhérer à son mouvement pour la primaire verte ? Où est cette communauté ? D’où une perte sèche d’impact pour tous ceux qui seraient prêts à le soutenir.

Vous l’aurez compris, le propos n’est pas de soutenir un candidat en particulier… mais d’éclairer tous les candidats à ce nouvel enjeu, mais aussi à ce que cela dénote : au fond est-ce qu’à l’heure où 20 millions de français sont sur Facebook, n’est-on pas aussi en devoir d’attendre des candidats qu’ils soient agiles sur le Net ? Nous avons besoin d’un président, ou d’une présidente qui soit aussi de notre temps et adapté aux questions, comme celles que posent le numérique.  Et ce, selon la formule consacrée, de droite ou de gauche. C’est aux Français de se déterminer.

Alors candidats à la candidature, si vous voulez avoir une chance d’être dans le carré final, c’est le moment de s’y mettre.  Un réseau social privatif a besoin de temps pour s’installer. Il ne faudra pas y penser la veille de l’élection… il sera trop tard…